Accepter ce qui est
Livre de Rosette Poletti et Barbara Dobbs
"Accepter ce qui est par rapport à son passé, c'est oser le regarder en face ; c'est traduire la peine, le ressenti tourmenté qui cause des tempêtes intérieures en mots qui sont reçus par une personne capable d'écoute vraie, de non jugement ; c'est déposer tout cela sans blâmer qui que ce soit, ni soi-même ni les autres.
"Ca a eu lieu", cela fait partie de mon histoire, je ne peux pas l'oublier, je ne peux pas l'effacer, "ça a eu lieu". Pourtant, il y a quelque chose à faire, c'est d'en faire quelque chose !
Comment cet épisode de ma vie, ces manques, ces drames, ces offenses, comment puis-je les utiliser pour donner plus de sens à ma vie, ici et maintenant ? Voila la seule vraie possibilité d'accepter ce qui est par rapport à son passé.
Une histoire lue, il y a longtemps - nous ne savons plus où - illustre très bien cette utilisation de la souffrance, de l'imperfection, de l'échec pour en faire quelque chose de valable.
Un prince possédait un énorme diamant dont il était très fier. Cette pierre précieuse reposait dans une vitrine sécurisée. Un jour, le prince demanda à son serviteur de lui donner ce diamant car il désirait le soupeser et l'admirer de plus près. Le prenant dans ses mains, quelle ne fut pas sa stupeur de découvrir une énorme rayure sur la partie du diamant qu'il ne voyait pas d'habitude !
Le prince en devint très malheureux, il ne pouvait s'empêcher de penser à cette pierre précieuse et à ce défaut dont il n'avait pas été conscient. Il décida de faire venir son conseil et de leur exposer son problème.
Certains conseillers voulaient entreprendre une grande enquête, pour trouver les coupables, ceux qui avaient rayer ce diamant.
D'autres voulaient créer une commission scientifique pour essayer de comprendre ce qui pouvait être plus dur que le diamant et le rayer.
D'autres encore préconisaient de remettre le diamant dans sa vitrine et de tenter d'oublier qu'il avait un côté imparfait.
Le plus âgé et le plus sage des conseillers prit la parole : "Votre majesté, je crois que la meilleure solution consisterait à utiliser ce défaut sur votre diamant pour en faire quelque chose qui augmente sa valeur"
(...)
Soit ! dit le prince.
(...)
On vit alors arriver un artisan simplement vêtu, au regard chaleureux et à l'allure confiante. Lorsqu'on lui eut présenté le problème, il répondit qu'il pouvait faire quelque chose. Le prince n'était pas très rassuré mais il fit confiance à l'orfèvre.
Trois jours plus tard, l'artisan s'avançait vers lui tenant sur un plateaux recouvert de velours le diamant qui scintillait de mille feux. De la rayure, l'homme avait fait la tige d'une rose splendide qu'il avait gravée sur le diamant. Maître dans son art, il avait su créer cette fleur de manière à ce qu'elle augmente la beauté et l'éclat du diamant.
Le prince était émerveillé. Il récompensa l'orfèvre et demanda qu'on pose à nouveau le diamant dans la vitrine et qu'on mette le côté sculpté en évidence pour pouvoir l'admirer. Il n'y avait plus rien à cacher, la rayure "honteuse" était devenue le support d'une rose splendide !
Cette métaphore résume bien ce qui peut se passer lorsqu'une personne accepte ce qui est par rapport à son passé. Certains, comme les conseillers du prince veulent trouver des coupables, les débusquer, les confondre, les punir. Cela ne change rien à ce qui est. D'autres veulent comprendre - pourquoi - pourquoi moi - d'où cela vient il ? Cela ne change rien à ce qui est.
Finalement, comme les conseillers du prince, un grand nombre de gens veulent "oublier" ; c'est passé, c'est fini, on n'en parle plus. Cela ne change rien à ce qui est.
Toutes ces stratégies laissent traîner de la souffrance non assumée.
Le seul chemin qui permet d'aller vers la sérénité, c'est de confronter sa peine, ses regrets, ses rancunes, ses haines, d'accepter leur existence et le fait qu'ils ont de bonnes raison d'exister.
Il s'agit ensuite de les exprimer, en en parlant à quelqu'un, en les écrivant, en les dessinant, en les peignant, en les sculptant, en les jouant, en les chantant, bref en les mettant en forme à l'extérieur de soi.
Puis de les regarder en face, de les considérer comme un matériau de construction et de chercher à savoir ce que l'on peut en faire.
Lorsqu'on a trouver un moyen de procéder à cette sublime alchimie qui consiste à transformer la souffrance en compassion, alors le passé douloureux peut être pleinement accepter.
Cette transmutation, cette transformation ne va pas de soi. Elle gagne souvent à être accompagnée par une personne de confiance, un ami compétent, un praticien en relation d'aide, un psychothérapeute ouvert, un conseiller spirituel aux idées larges. Si la présence d'un "témoin" peut être utile, le travail reste personnel : personne ne peut l'accomplir à notre place " p : 64-67 ,